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Que notre langage soit notre levain

 (Article de Sandra Kary publié dans lePrairie Messenger le 28 mars 2012.)

Ça me dépasse! Chaque fois que j’ai une nouvelle idée, elle se fixe dans mon esprit comme une manchette ou une affiche – six ou sept mots qui peuvent capter l’attention des gens. C’est peut-être une approche efficace. Dans ce monde médiatisé, nous sommes bombardés d’information et de messages sans fin et nous avons besoin de communiquer rapidement, avec concision et avec des mots avec impact auprès de gens que nous voulions atteindre.

Et de temps en temps, le sens des mots changent pour abandonner le sens habituel. Heureusement, l’Internet et nos enfants contribuent à nous tenir au courant de ces changements. Au moins, dans le domaine des services de santé, « malade » retient son sens habituel; par contre, le domaine de la santé le vocabulaire est truffé d’acronymes, de jargon clinique et d’expressions politiquement correctes.

Dans le domaine des services de santé, nous laïcs, nous nous trouvons au point de reprendre le langage familier de la santé. Lorsque les religieuses avaient assumé le leadership en santé dans nos institutions médicales et foyers, même leur tenue vestimentaire les distinguait et il était évident qui elles étaient et ce qu’elles y faisaient. Tout le monde connaissaient (ou assumaient) leur motivation, leurs convictions et leur sens moral. Le langage qu’elles utilisaient, comme leurs actions, donnaient un contexte à leur travail et leur ministère était évident.

Aujourd’hui le terme « mission » a toujours du prix, mais, ironiquement, son sens semble moins précis. Dans le monde de la santé, un énoncé de mission est devenu plutôt une expression de valeurs, une description d’une cible à atteindre dans un contexte plutôt économique ou commercial. 

On connaît maintenant une séparation entre “mission” et “ministère”. Le personnel dans les institutions de santé catholiques doit rétablir le lien entre mission et ministère, mais parfois on a l’impression que c’est une mission impossible. Cependant, c’est encourageant de noter queLa Bonne Nouvelleest toujours pertinente aujourd’hui, que l’exemple de la compassion du Christ a retenu son sens.

Un nouveau langage sera notre levain. Notre défi n’est pas de partir à la recherche de nouveaux artisans, mais plutôt d’offrir à ceux et celles qui œuvrent déjà dans le domaine de la santé une nouvelle voix, un témoignage, une façon d’être une parabole vivante.

C’est que l’humain conte des histoires depuis l’ère des temps – c’est ainsi qu’il donnait voix et orientation à notre culture, qu’il offre un sens aux événements de la vie, qu’il offrait une vision d’avenir. Les chrétiens et chrétiennes qui travaillent dans le domaine de la santé voudraient partager leurs expériences, mais ils ont besoin d’un nouveau langage pour rendre vivante leur foi et un statut méritoire à leur mission.

Nous avons besoin de redéfinir l’intelligence spirituelle. Selon Robert Emmons, c’est « une façon pratique d’utiliser de l’information spirituelle afin de faciliter la résolution des problèmes quotidiens et atteindre nos buts ». Cette définition paraît quelque peu profane. Cependant, Emmons s’explique en présentant quelques notions clefs; à savoir, la capacité de sanctifier notre quotidien et la possibilité d’utiliser nos ressources spirituelles pour résoudre nos problèmes.

En Californie, la régionale de santé St-Joseph a proposé une approche qu’ils ont appeléSpotlighting(une sorte de ciblage) avec laquelle le personnel médical est encourage de créer un vocabulaire susceptible à être utilisé pour prendre soin de toute la personne. On cherche aussi à s’assurer que les rencontres personnel-patient approchent le sacré. C’est plus qu’un bon service à la clientèle misant les principales étapes d’un service médical – admission, accès au lit et congé de l’institution – mais plutôt une seule expérience positive dotés de petits gestes significatifs. Leur brochure indique, par exemple, que lorsque les nouveaux parents quittent l’unité obstétrique avec leur bébé, le personnel leur offre une photo souvenir. Une autre attachait une carte de souhait au dossier de la mère afin que tous ceux qui avaient affaire avec le dossier puissent ajouter leurs félicitations. Ces petits gestes significatifs avaient un impact important sur les patients et le personnel.

Ces rencontres sacrées remplies de dignité, de contacte humain et de compassion ont contribués un nouveau langage, une nouvelle expression à la réalisation de leur mission. La régionale affirme qu’ils sont devenus une communauté aidante, une communauté qui a adopté un nouveau discours, qui célèbre et qui prie d’une manière à offrir à autrui, peu importe sa croyance religieuse, une différente expérience au sujet de la dignité humaine, du sens de communauté, du succès médical, de force et de faiblesse, de croissance, de sacrifice et de la mort. Toujours selon la régionale St-Joseph, pour les patients vivre l’expérience de cette harmonie entre les plus profonds désirs de leur cœur et les valeurs de cette communauté aidante les aide à mieux guérir, à en sortir plus intègre, plus capable de vivre, d’aimer, d’espérer, de mourir.

Le personnel soignant ont besoin de témoigner de la sacramentalité de leur vie (professionnelle) – qu’ils sont un signe et un instrument de communion avec Dieu et parmi tout le monde, un signe visible de l’économie de la vérité et de l’amour. S’occuper de toute la personne – corps, esprit et âme – nous cherchons à connaître et servir cette partie invisible qui est en chacun de nous, l’âme et l’esprit, le souffle de Dieu dans chacun de nous.

Jean-Paul II disait que c’est notre corps qui rend visible le spiritual et le divin; c’est notre corps qui nous rend capable de comprendre la notion d’un don total de soi-même envers l’autre, d’être en communion avec d’autres personnes qui nous rappelle l’Amour de Dieu. C’est son corps qui garantit que le professionnel ou la professionnelle de santé puisse être pour autrui un vrai don d’aide, de recevoir ses patients dans une relation mutuelle qui assure la santé, le bien-être et l’intégrité de la personne. 

Qu’arriverait-il si les professionnels de la santé verraient leur travail comme une vocation? Et s’ils verraient leurs services aidants comme des habitudes du cœur? Et si leurs titres professionnels seraient plutôt des « Agents et agentes de transformation » et « Gardiens et gardiennes de la dignité humaine »? 

De fait, notre langage peut être notre levain.

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